Tribune

Isaac Smadja
Directeur Conseil - Impact & RSE
L’intelligence artificielle ne se contente plus de soutenir nos actions : elle écrit, trie, interprète et diffuse à une vitesse inédite. Elle recompose nos repères, industrialise la parole et brouille les frontières entre ce qui est produit et ce qui est pensé.
Mais à mesure que les algorithmes se banalisent, la question se déplace : dans un monde où tout peut être généré, que devient la singularité d’une voix, la cohérence d’un récit, la crédibilité d’un engagement ?
Refonder un récit RSE, aujourd’hui, ne consiste plus à reformuler des intentions. C’est réapprendre à dire vrai. C’est repenser la manière dont une entreprise se raconte, dans sa complexité, ses paradoxes, ses choix. Ce travail dépasse la communication : il touche à la stratégie, à la culture, à la manière même de penser le numérique.
Le futur des récits RSE ne résidera ni dans la prolifération des discours, ni dans l’illusion de la communication automatique. Il s’inventera à la croisée du langage, de la donnée et de la conception responsable : des récits pensés comme des infrastructures vivantes, rigoureusement éco-conçues, sobres dans leurs formes, accessibles dans leurs usages et mesurables dans leurs effets.
Le récit augmenté n’est pas une sophistication technologique mais une recherche d'équilibre entre l’instantané et le durable.
Au-delà de sa conception, l’exigence du récit s’étend également aux moyens et voix qui le portent. À l’ère du digital, ignoré les impacts issus des nouvelles technologiques serait hasardeux notamment dans un contexte ou la soutenabilité du modèle de l'IA est questionné tant par les impacts qu'elles engendrent que sa demande en ressource, en constante croissance. Ainsi, le recours de l'IA est à l'image des nouveaux récits : une source d'opportunité tant qu'on en maitrise l'ensemble des aspects.
La croissance des impacts prévue pour l’IA serait de 7 fois supérieur d’ici 5 ans*
Entre 60 à 90% de l’impact de l’IA se trouve dans la production de son électricité*
Selon les prévisions, l’impact GES de l’IA serait équivalent à celui de la France en 2030*
Sans aller à contresens des avancées technologiques il est nécessaire d’appréhender les impacts croissant de l’IA tant sur ses aspects environnementaux (fabrications des équipements & infrastructures, consommation électrique...) que sociaux (atteinte aux droits et libertés, deepfake, désinformation, conflit éthique...)
Ainsi se redéfinit l’exigence du récit à l’ère de l’IA : non pas produire davantage, mais concevoir mieux. Faire du langage un espace d’éco-conception, où chaque mot, chaque donnée, chaque choix technique participe d’une éthique du moindre impact.
Ainsi, communiquer une démarche responsable ne se limite plus au contenu des messages : elle repose avant tout sur la cohérence entre les engagements pris et la manière dont ils sont diffusés.
L’usage de l’IA doit être pensé pour être vraiment utile et sobre. Intégrer les principes du green IT et de l’éco-conception permet de réduire l’empreinte environnementale des modèles, d’éviter les ressources gaspillées et de concevoir des systèmes plus efficaces et mieux dimensionnés.
Cette exigence demande aussi que les équipes soient formées. Elles doivent comprendre les enjeux techniques, éthiques et organisationnels liés à l’IA, afin d’en garantir un usage aligné avec les valeurs de l’entreprise et d’anticiper les risques comme la gadgetisation, les incompatibilités culturelles ou les failles de sécurité.
Dans ce contexte, la façon dont l’entreprise communique ses engagements responsables ne peut plus se limiter à des déclarations. Sa crédibilité repose sur la cohérence entre ce qu’elle affirme et la manière dont elle conçoit, déploie et diffuse réellement ses outils, notamment l’IA. Autrement dit : la responsabilité doit se voir autant dans les actes que dans les messages.
Refonder les récits RSE à l’heure de l’IA, c’est choisir la précision plutôt que la profusion, la cohérence plutôt que le volume, la transparence plutôt que le vernis.
C’est faire du récit un outil de transformation collective, pas une vitrine.
Selon vous, à quoi ressemblerait un récit d’entreprise vraiment responsable - et crédible - à l’ère de l’intelligence artificielle ?